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Chronique de film... "Fantômas" de André Hunebelle (1964)
AAAAAAu début de l'année 1911 naissait Fantômas, le génie du crime. La 1ère édition de 414 pages éditée par Arthème Fayard à Paris vit précisément le jour le 10 février. 32 volumes co-écrits par Pierre Souvestre et Marcel Allain jusqu'en 1913 devaient par la suite former une oeuvre de près de 13 000 pages rédigées en trois ans seulement ! A ce travail titanesque s'ajoutent 11 volumes imaginés et écrits par Marcel Allain seul entre 1926 et 1963. Pour le centenaire du génie du crime, la revue Le Rocambole a publié au mois de février 2011 un très copieux dossier sur le roman et ses dérives. Car non content d'être abordé par deux auteurs de génie, ce héros aux mille visages fut aussi revu et corrigé par des poêtes, des plasticiens, et enfin pastiché au cinéma. La plus célèbre parodie reste évidemment celle imaginée par André Hunebelle, à laquelle le présent exposé est consacrée.
Montage créé par les auteurs
AAuAALe génie du mal est un mythe incontestable qui entretient une histoire d'amour avec le cinéma car, lorsque sort cette nouvelle aventure en 1964, le cinéma français compte déjà de nombreuses adaptations, la première remontant à 1913 aurait été suivie par près de 80 films, téléfilms et épisodes de séries ! La trilogie "Fantômas" sort au milieu des années 1960, à une époque où son réalisateur André Hunebelle rencontrait de fort jolis succès en concevant et produisant des films d'aventures, des policiers ou encore le genre capes et épées, dissimulant chacun un aspect comique. Ainsi, dans des registres divers, "Massacre en dentelles", "Le Bossu", "Le Capitan" et les "OSS 117" ont précédé le retour de Fantomas sur grand écran. AAuAANéanmoins, le retour de Fantomas au cinéma a été difficile à organiser. En effet, dès le début des années 1960, une adapatation est envisagée sous la direction de Denys de La Patellière, dialoguée par Michel Audiard. Le dialoguiste et le scénariste viennent de rencontrer un grand succès artistique et commercial pour la maison Gaumont avec "Un Taxi pour Tobrouk" (1961) . Mais le producteur Alain Poiré n'a pas aimé ce film dénonçant l'absurdité de la guerre et ne veut plus travailler avec le metteur en scène. En remerciant Patellière, le projet tombe alors à l'eau. Celui-ci ressurgit lorsqu'une rumeur annonce une possible réalisation de Marcel Bluwal qui a déjà réalisé ses deux premiers films pour Gaumont ("Le Monte-charge" (1961) puis "Carambolages" (1963) ) mais qui travaille surtout pour le petit écran. Fantomas pourrait-il alors revenir, non pas au cinéma, mais à la télévision ? Une fois encore, le projet ne se concrétise pas. En 1963, la maison Gaumont accepte finalement de produire "Fantomas". Hunebelle assurera la mise en scène. Ainsi, tourné pendant l'été 1964, Fantomas revient sur les écrans le 4 novembre de la même année. Le films est un succès avec plus de quatre millions de spectateurs. Pourtant, dans le milieu du cinéma, personne - ou presque - ne croyait en un succès commercial. Dominique Zardi se souvenait que ressusciter Fantomas fut "le coup de génie de M. Hunebelle, [dont] on disait qu'il était ridicule mais il n'empêche que, à chaque fois qu'il réalisait un film, il tapait juste ! Lorsqu'il a décidé de faire "Fantômas", tout le monde rigolait et se moquait de lui en disant "Oh non pas Fantômas ! On a déjà eu Belphegor, ça ne sert à rien !". La satisfaction du public, venu en nombre dans les salles obscures, révèle que le contrat est à nouveau rempli pour le réalisateur Hunebelle qui, de son propre aveu, n'avait aucune autre prétention que de divertir son public. Les techniciens qui l'on connu (Jean-Pierre Desagnat, Michel Wyn, Yves Agostini etc...) confirme cette volonté première d'Hunebelle qui se plaisait dans la cinéma de divertissement.
AAAAAPoussé par le succès que le film rencontra à sa sortie, "Fantômas" est logiquement suivi de "Fantômas se déchaîne" (1965) et "Fantômas contre Scotland-Yard" (1967). Cette trilogie, à la croisée entre la tradition du romantisme, l'esprit des James Bond et un goût immodéré pour la comédie - demeure l'une des plus brillantes et célèbres comédies policières françaises. Il s'agit toutefois d'une adaptation cinématographique très (très) libre de l'oeuvre sombre de Pierre Souvestre et Marcel Allain, ce qui a naturellement conduit certains puristes à hurler à la trahison ! D'autres, moins impulsifs, se sont interrogés sur le sens de cette adaptation éloignée et légère. Ainsi, comme le souligne Christophe Gauthier (conservateur à la Cinémathèque de Toulouse et critique), cette libre adaptation "relève plus de la parodie que de la série policière à proprement parler et doit surtout son succès à son caractère comique, en particulier l'explosion de la vis comica de Louis de Funès". Par ailleurs, à la sortie du film, une journaliste de Télérama s'étonne : "Pour goûter à ce moderne Fantomas, il nous faudra d'abord oublier la poésie désuète des vieux feuilletons. N'eût-il pas mieux valu, en ce cas, donner à ce génie du mal, un autre nom que celui d'un héros trop connu ?" Cette même journaliste rédige un autre article pour Ciné-Revue : "Vous ne saviez pas que Fantômas était aussi un personnage comique ? Pour vraiment savourer ce nouveau et très moderne "Fantômas", il convient tout d'abord d'oublier la poésie désuète des bons vieux feuilletons d'antan : il n'y a plus l'ombre d'un vénérable grain de poussière ici, tout est bien de notre époque et il n'y a qu'à se laisser aller sur les ailes de la fantaisie et de l'imagination, Jean Halain et Pierre Foucaud ont non seulement imaginé un scénario original autour de l'énigmatique héros titulaire mais ils ont multiplié les situations drôles, voire même extravagantes. Tout conspire pour nous faire marcher et c'est la clé même de notre enchantement : on n'a pas le temps de réfléchir car on est emporté dans un tourbillon." CetteQuel était l'avis du principal intéressé, l'auteur Marcel Allain, "papa" de Fantomas ? Vraisemblablement, cette parodie très burlesque, parfois naïve et tantôt kitch, lui aurait déplu fortement. Dans une interview consacrée à Fantomas (voir les bonus du DVD), Mylène Demongeot confirme que ce scénario très moderne n'avait pas plus à Marcel Allain. Et l'assistant réalisateur Jean-Pierre Desagnat de confirmer : "". Néanmoins, dans une interview accordée à Noir et Blanc en 1964, Allain eut l'élégance de dire qu'il trouvait le film "très bon", "rapide, dans la tradition des Fantomas" et estimait Jean Marais "épatant" dans le rôle de Fandor tandis que celui de Juve l'avait "beaucoup amusé". Marcel Allain avait d'ailleurs tout intérêt à espérer un succès commercial pour ces films car, outre la somme perçue pour la vente des droits d'adaptation, un contrat passé en 1960 lui garantissait 3% des recettes pour tout Fantomas tourné pour le cinéma.
Les auteurs à qui l'on doit Fantômas, imaginé en 1911 à Paris : à gauche, Pierre Souvestre (1874 - 1914) et Marcel Allain (1885 - 1969) au centre. C'est ce dernier qui autorisa Hunebelle à réaliser une adaptation libre des aventures de Fantômas au cinéma. En visionnant le film en projection, il ne cacha pas sa colère et sa déception (collection Le Site de Fantômas). Le remake de 1964 fut co-produit par la Gaumont d'Alain Poiré (à droite, collection Stéphane D.)
AAAAASur un scénario de Jean Halain (le fils d'André Hunebelle) et Pierre Foucaud, c'est donc André Hunebelle qui se charge de la réalisation et sa maison de production investit ses capitaux dans le film. Il s'entoure de techniciens qui ont tous déjà travaillé sous sa direction à plusieurs reprises : pour la photographie, il fait appel au chef opérateur Marcel Grignon, Jean Jak est ingénieur du son, Jean Feyte au montage, Paul Louis Boutié se charge des décors et Michel Magne de la musique. Fantômas est co-produit et distribué par la célèbre et puissante Gaumont International d'Alain Poiré, souvent gage de qualité pour un film français. Poiré en est le directeur depuis quelques années et a depuis multiplié les succès, avec notamment "Un Taxi pour Tobrouk" (Denys de la Patellière), "Carambolages" (Marcel Bluwal), "Les Tontons flingueurs" (Georges Lautner) et "Cent mille dollars au soleil" (Henri Verneuil). Gaumont produit le film en partenariat avec la PAC, la société de production d'André Hunebelle, et avec des producteurs italiens. Ne pouvant à la fois être responsable de la direction d'acteurs, de la réalisation et de la production, Hunebelle confie les tâches qui incombent à un producteur à son associé Paul Cadéac. Comme pour la plupart des films produits pour le compte Gaumont, "Fantômas" fut tourné dans les studios Franstudio de Saint-Maurice (près de Paris) et développés par le laboratoire G.T.C., qui tous appartenaient à la firme à la Marguerite.
qqqqqAAEn dépit des incohérences engendrées par ce type de films d'aventures policières, l'avantage indiscutable du scénario de Fantômas, c'est précisément que le film repose sur un véritable scénario, contrairement à certains longs-métrages que Louis de Funès avait tournés auparavant, notamment des comédies de série B, dont font partie "Certains l'aiment... froide !", "Mon pote le gitan", "La Vendetta" et - il faut le reconnaître - "Le Gendarme de Saint-Tropez" qui doit moins son succès à la faiblesse de son scénario qu'au génie comique de son interprête principal. qqqqqAADans la série, Fantomas est un malfaiteur insaisissable qui nargue à la fois la presse et la police en multipliant les méfaits (vols et assassinats, "mais toujours avec le sourire" comme il aime à le préciser). Audacieux, brillant, le génie du mal mêle avec succès le cynisme et l'ingéniosité. Le journaliste Fandor est agacé par le mystère qui tourne autour du terrible criminel, dont le visage est inconnu de tous. Faute d'informations et de preuves, il décide de monter de toutes pièces un article bidon, dans lequel il prétend avoir interviewé le monstre ! Après publication du canular en première âge dans le journal "Le Point du Jour", Fandor est enlevé par Fantômas. Ce dernier, dissimulé sous un masque à l'effigie de Fandor, commet des délits avec le nom et le visage du journaliste. Parrallèlement, puisqu'il ne supporte plus l'acharnement du Commissaire Juve, il décide également de le ridiculiser. Affublé d'un masque à l'image du commissaire, Fantômas dévalise un casino, ce qui envoie directement le véritable Juve en prison ! Fandor, enfermé dans le repère du bandit, apprend que Fantômas poursuit de longue date un projet : la fabrication d'un robot répondant parfaitement à ses ordres. Pour cela, il projette de prendre le cerveau de Fandor... Mais Fantômas ne lorgne pas uniquement ce dernier, il est également tombé sous le charme de Hélène, la fiancée du journaliste... ce qui n'est pas du goût de la fiancée du hors-la-loi Lady Beltham. Cette dernière s'empresse alors de faire évader les deux prisonniers. Ainsi, le commissaire Juve, Fandor et Hélène poursuivent Fantômas sur terre, sur mer et dans les airs. Hélas, le génie du mal parvient à semer ses ennemis à bord d'un sous-marin...
Fantômas parvient facilement à usurper les identités de ses irréductibles ennemis en reproduisant des masques fort ressemblants.
Quelques masques reproduisant les visages des victimes de Fantômas...
AAAAA"Fantômas" dispose d'un casting intéressant puisque, outre Jean Marais et Louis de Funès, Jacques Dynam, Mylène Demongeot et Robert Dalban font également partie de la distribution. D'après la légende, Louis de Funès aurait remplacé Bourvil au pied levé. Certains avancent qu'il a poliment décliné l'offre, d'autres prétendent qu'il était retenu sur un tournage qui avait pris du retard. Une autre version soutient que le réalisateur Hunebelle - l'un des premiers à avoir pris conscience du potentiel comique de Louis de Funès - aurait imposé son choix à la Gaumont, malgré la réticence de Poiré. En 1964, Bourvil avait un autre statut que celui de Funès : il était vedette ! Poiré voulait-il donc repartir avec le même duo Marais-Bourvil qui lui avait valu un joli succès commercial avec "Le Capitan" ? Aucun document écrit ne confirme l'une de ces versions... AAAAEEn 1964, s'il est connu de la profession et par les plus grands cinéphiles pour quelques rôles remarquables dans "La Traversée de Paris" (1956) ou au théâtre dans "Ah les belles Bacchantes" (1952), "Oscar" (1959-1962) et "La Grosse Valse" (1962-1964), Louis de Funès n'est pas encore une énorme vedette du cinéma français au même titre que Bourvil, Fernandel ou Gabin. Pendant longtemps, s'ils reconnaissaient que ses performances étaient extraordinaires le temps d'une scène, les grands producteurs comme Robert Dorfmann ou Alain Poiré ont hésité à lui confier un rôle principal. En effet, les premières tentatives - certes honorables - ne furent pas exceptionnelles. "Comme un cheveu sur la soupe" (Maurice Régamey, 1957) et "Ni vu, ni connu" (Yves Robert, 1958) sont de gentilles comédies sans prétention dans lesquelles Louis de Funès révèle tout le potentiel qui sommeille en lui, mais les recettes de ces films sont guère probantes. De plus, le film "Taxi, roulotte et corrida" que André Hunebelle avait ensuite réalisé en 1958 avec l'acteur en tête d'affiche, fut un échec total. Toutefois, depuis 1963, de Funès commence à faire sérieusement parler de lui grâce à une collaboration fructeuse. En effet, en réalisant coup sur coup "Pouic Pouic" puis "Faîtes sauter la banque", Jean Girault tire enfin parti à l'écran de l'acteur et obtient gain de cause. Immédiatement, ces deux films font les beaux jours du box office. Le succès de De Funès est désormais inévitable et progressif. Juste avant de tourner "Fantomas", il vient d'achever le tournage d'une troisième film avec Girault, "Le Gendarme de Saint-tropez", qui sera un triomphe en salles dès septembre 1964, pendant le tournage de "Fantomas" ! "Fantômas" viendra confirmer le raz de marée provoqué par les aventures de Cruchot. Enfin, le dernier film tourné par l'acteur en 1964 n'est autre que "Le Corniaud" de Gérard Oury, avec Bourvil. Grâce à ces trois films, Louis de Funès devient alors l'emblème des plus grands triomphes commerciaux du cinéma français, jamais égalé à ce jour. Et bien évidemment, au fur et à mesure des épisodes des "Fantomas", son statut évolue au détriment de celui de Jean Marais, ce qui - il faut le reconnaître - déséquilibre progressivement les scénarii.
Photo d'exploitation du film "Fantômas contre Scotland Yard" (1967), troisième et dernier épisode de la série. Force est de reconnaître que, dans ce volet, seul le duo De Funès - Dynam fonctionne encore parfaitement et permet de divertir le spectateur (collection des auteurs).
AAAAAAvec lucidité, Michel Wyn résume parfaitement la situation : "Grâce aux "Fantômas", au "Gendarme de Saint-Tropez", au "Corniaud" et à l'univers d'Oury, Louis de Funès a en quelques années participé à des monuments du cinéma français et s'est inscrit par conséquent comme acteur comique numéro un". Numéro un veut dire responsabilités importantes sur ses épaules et cela s'en ressent sur son humeur. Jean Marc Loubier l'indique d'ailleurs : "Faut-il voir dans cette mauvais humeur la rancœur de ne pas être la tête d'affiche de Fantômas ? Possible, à force de s'entendre dire qu'il est une vedette Louis accepte mal de partager l'affiche.". Hypothèse confirmée par le comédien Michel Duplaix qui nous avouait lors d'une interview : "Je mangeais à sa table au restaurant de Boulogne Billancourt lorsque nous tournions "Fantômas". Un jour, il prit pour blaguer un ton désagréable, jouant l'air du type qui commande et lança "bon, le vedettariat arrive, faut en profiter". Mais Michel Duplaix ajoute que de Funès était "travailleur, mais timide et discret, c'est à dire l'inverse de ce qu'il paraissait à l'écran. Il était généreux mais ne voulait pas que cela se sache." D'après les souvenirs de Claude Carliez, qui régla les cascades et les bagarres, Louis de Funès "était un homme drôle et agréable, mais un peu préoccupé et fermé. Comme beaucoup de comiques, il ne passait pas ses journées à faire rire. Il était plutôt concentré et pensait à ses gags. Allaient-ils faire rire ou non ? Il se détendait lorsqu'il avait vu les rushes et qu'il s'apercevait du résultat". AAAAAL'apport de cette saga s'entrevoit d'ailleurs au travers de celle-ci puisque Louis de Funès, dans l'incarnation de son personnage, n'a cessé prendre de l'ampleur pour être au dernier épisode la star incontestée, ce que Michel Wyn confesse : "Au départ, pour le premier "Fantômas", le haut de l'affiche était "Jean Marais" en gros caractères puis "avec Louis de Funès…" Pour le second, l'affiche indiquait "Louis de Funès et Jean Marais" en gros caractères. Puis enfin pour "Scotland Yard", on pouvait lire "Louis de Funès" puis "Avec Jean Marais…".
AAAAMélange d'action, d'humour et d'amour, les deux premiers films brillent par leurs facettes diverses, incarnées à merveille par chacun des protagonistes. Michel Wyn explique en effet : "La conception du Fantômas d'Hunebelle tournait autour du comique de Juve, la charme donné par Mylène Demongeot et les caractères sportifs et cascadeurs donnés par Jean Marais, c'est ce qui faisait le cocktail et l'originalité de la série". En effet, le duo De Funès- Dynam fonctionnant à plein régime nous gratifie d'une cascade ininterrompue de gags en tous genres dont le malheureux commissaire Juve - l'on se demande d'ailleurs comment il a pu être bombardé premier policier de France - se retrouve souvent en position de dindon, n'hésitant plus alors à insulter, frapper et humilier son adjoint Bertrand afin de ne pas perdre la face…et cela marche parfaitement ! Il faut dire que la complicité des deux hommes n'est plus à faire ces derniers s'entendant comme larrons en foire. On comprend donc qu'au fur et à mesure de la saga, c'est le thème de l'humour qui prendra le dessus, mais sans toutefois évincé complètement le côté noir du personnage, ce qui fait dire à Jan Kounen, dans l'interview réalisée pour les bonus du DVD Fantomas (Gaumont), qu'un nouveau Fantômas, plus sombre ou sérieux n'aurait pas fonctionné, l'humour et la comédie étant au final majoritaires. AAAAAJean Marais, acteur tonique au physique musclé, se voit logiquement confié le côté action. Dominique Zardi nous le décrit comme un acteur que "tout le monde critiquait alors qu'il était fabuleux, ayant toujours sa place auprès du public". Réglant lui-même ses cascades, il confiait toutefois de manière assez paradoxale ne pas supporter le moindre mouvement de culture physique.
Jean Marais est prisonnier dans le repère de Fantômas. Les gardes du bandit surveillent ses moindres faits et gestes.
AAAAAMylène Demongeot, incarnant le charme et la beauté dans le rôle de la jeune première, ne cachait pas toutefois son amertume. Si elle a en effet eu la chance de tourner aux côtés de De Funès et Marais dans l'ensemble des films de la série, celle-ci regrettait de "ne pas avoir eu quelque chose à faire car dans ce type de film, la jeune première se doit avant tout d'être séduisante, charmante et parfaitement potiche." Concernant sa découverte du scénario, Mylène Demongeot se rappelle : "Pour ma part, j'ai trouvé le scénario au retour d'un tournage en Yougoslavie. Je savais que j'allais vers un cinéma populaire, commercial et soigné. Ma principale motivation pour ce film était en fait de tourner aux côtés de De Funès". AAAAAL'atmosphère du film se trouve donc partagée et alternée grâce aux personnalités très changeantes des héros même si la ligne principale du film reste bien évidemment, comme le rappelle Juan Luis Buñuel "le mal, le mal gratuit, incarné par Fantômas". En effet, si l'on note la couleur toujours sombre des décors et costumes de Fantômas, il est encore indéniable de constater que le film repose sur des actions assez morbides. L'exemple en est de la scène où Fandor reste incrédule devant les masques des victimes tuées par Fantômas où ce dernier lui explique qu'il a crée un procédé de son invention lui permettant de reconstituer à la perfection la peau humaine. "J'ai réalisé la plupart de mes forfaits avec le visage de mes victimes"…
Photo d'exploitation du film "Fantômas contre Scotland Yard" (1967) avec (de gauche à droite) Jean Marais, Louis de Funès, Jacques Dynam et Mylène Demongeot pour un cocktail mariant l'humour, l'action et le charme (collection des auteurs).
AAAAALes films d'Hunebelle présentent des ambiances qui évoluent au fur et à mesure des épisodes. Si le premier volet fait la part belle au banditisme à la fois macabre et romanesque, les scénarii glissent progressivement vers plus de situations burlesques, au profit de Louis de Funès. AAAAAPour les délits et crimes qu'il commet, Fantômas dispose d'une nette préférence pour les têtes couronnées ou fortunées puisqu'il s'empare de l'identité de Walter Brown, Lord MacRashley, du Professeur Lefèvre… Il parait d'ailleurs assez paradoxal que Fantômas, incarnant la violence et la méchanceté (encore que celui-ci se décrit comme étant d'un naturel joyeux), ne fasse peur à aucun des protagonistes du film, hormis ses victimes. En effet, si le Commissaire Juve peut ne pas être totalement rassuré face à l'homme masqué (mais qui pourrait l'être ?), il ne renonce jamais à le poursuivre, à le traquer et déploie (souvent sans succès) des moyens matériels et humains importants. Hélène tout comme Lady Beltham ne sont pas apeurées (ou du moins plus pour M. Demongeot) ce qui tend à ridiculiser quelque peu le côté féroce du personnage. Enfin Fandor, pas plus que les policiers Léon et Bertrand, ne tremblent devant "le monstre sanguinaire". C'est peut être pour cela qu'il finit toujours par s'en sortir. Sûrs d'eux, les différents personnages ne réalisent peut être pas parfaitement qu'un véritable génie du mal se trouve en face d'eux. Une explication se trouve en ce que Juve minimise toujours le caractère odieux des crimes et infractions de Fantomas : "Des crimes, bien sûr [Fantômas] en a commis, mais le nombre de ses victimes est dérisoire par rapport à ceux de la circulation. Il a fait sauter des avions, dérailler des trains, mais les assassins du volant sont beaucoup plus dangereux et cette route du crime est loin d'être coupée". AAAAAHélène ne réalise pas beaucoup plus la dangerosité de l'homme en question (elle suppose qu' "il doit être fascinant cet homme là") et Fandor, enfin, ne semble pas se préoccuper des menaces dirigées contre lui ("Foutez moi la paix, vous feriez mieux de garder votre imagination pour vos articles ") puisqu'il se permet même le luxe d'être volontiers ironique alors qu'il est son prisonnier, donc en position de faiblesse ("Vous avez de l'humour, l'humour noir, l'humour à froid, tout dans le masque…"). On distingue donc un héros à double facettes : présenté comme menaçant et terrible puisque voulant être le maître du monde, il n'effraie pas les personnes qui se sont délibérément placées en travers de son chemin. Et peut être est-cela, ce mélange d'humour et de violence noire, qui permet au film d'être si populaire aujourd'hui encore.
Affiches française, italienne et belge du film (collection des auteurs)
AAAAAConcernant l'ambiance sur le plateau, les avis sont unanimes. Lors d'une discussion ancienne avec Jacques Dynam, celui-ci nous confiait " Nous étions tous potes, on se marrait sans arrêt, que ce soit avec De Funès ou les autres ". L'ambiance était donc au beau fixe que ce soit entre les techniciens et les acteurs. Michel Wyn déclarait à ce sujet "La société de production était une véritable petite famille ou tout le monde s'aimait bien, ou tout le monde s'entraidait s'il y avait la moindre difficulté". Louis de Funès confiait d'ailleurs à la journaliste France Roche "Je vais rempiler dans la Police. Je vais jouer Juve aux côtés de Marais-Fantômas ce sera amusant. Je serai amené à m'arrêter moi-même car Fantômas, grâce à un masque, aura pris mon visage". Certains ont évoqué une ambiance détestable entre les deux vedettes mais Dominique Zardi se charge de contester ces versions : "Non c'est inexact. Jean était charmant, honnête merveilleux, gentil comme tout. Il a tout simplement été étonné par Louis. Il n'avait jusque là fait que des petits rôles et il ne pensait pas qu'il pourrait tenir dans un grand rôle. Ca été de la surprise en fait car n'oublions pas qu'au tout début les vedettes étaient normalement Jean, Mylène Demongeot et Jacques Dynam qui était un excellent comédien !" Michel Duplaix lui aussi se souvient des deux vedettes du film : "Fantômas est aujourd'hui le film dont on me parle le plus aujourd'hui avec Les Barbouzes. Je connaissais Jean Marais depuis 1960. Nous nous étions rencontrés lors d'un numéro de l'émission Plateau de France, qui était consacrée aux 70 ans de Maurice Chevalier. Et nous nous sommes retrouvés sur le tournage de "Fantômas" en 1964. J'en ai tourné deux, les inspecteurs n'étant pas présents dans le troisième volet de la série (l'autre inspecteur étant Christian Toma). Quant à Louis De Funès, je l'avais rencontré dans un film de Georges Lautner l'année précédent Fantômas et qui s'appelait Des Pissenlits par la Racine."
Fantômas : une tunique sombre, une voix inquiétante, un masque terrifiant...
AAAAADans l'adaptation de Hunebelle, Fantômas est davantage qu'une créature romanesque et une gloire inamovible de la littérature policière. En effet, deux éléments notoires en ont fait un mythe : sa voix et son masque. Il est vrai que les traits du bandit sont particulièrement bien dissimulés. Le célèbre masque vert, dessiné par Jean Marais lui-même et confectionné par Gérard Cogan, est fait en plastique. Les lèvres quasi-immobiles apportent au personnage un caractère inhumain et dénué d'expression. Au début des années 1990, dans une interview accordée à André Halimi, Jean Marais se souvenait de son rôle : "Je me donnais un mal pour qu'on ne me reconnaisse pas. Fantômas porte son masque vert mais lorsqu'il n'avait pas ce masque, il prenait le visage d'autres personnes et il fallait me maquiller pour que je ressemble parfaitement à ces personnes si bien qu'au final on me demandait le nom de celui qui jouait Fantômas !" Le masque sera par la suite retravaillé et confectionné par Gérard Cogan, spécialiste des effets spéciaux au cinéma. AAAAALa légende raconte qu'il ne fallait pas moins de deux heures à Jean Marais pour se grimer en Fantomas ! Pourtant, le principal intéressé reconnaissait que, lorsqu'il s'agissait de porter ce masque vert, la préparation était "archi facile", contrairement au fastidieux maquillage qui lui était nécessaire pour interpréter Fantomas sous d'autres traits (Lord Chelton ou le professeur Lefebvre par exemple). L'assistant réalisateur Jean-Pierre Desagnat nous précise : "Jean portait ce masque de caoutchouc vert qui lui était très difficile à porter car il le fatiguait et, en dessous, il transpirait beaucoup." Et d'ajouter : " Pour le tournage de la scène où Fantomas s'enfuit en sous-marin, je me suis fait gentiment engueuler par Marais. Nous l'avons laissé plusieurs heures sur cette carcasse de sous-marin, avec ce masque, en plein soleil, et naturellement il n'était pas content." A propos du port de ce masque, Mylène Demongeot se rappelle aussi d'une colère terrible de Marais, survenue sur le tournage en extérieurs à Rome, par une chaleur étouffante où ce masque vert lui provoquait des réactions cutanées. AAAAAQuant à la voix du monstre, il s'agit de celle de Raymond Pellegrin. Mylène Demongeot apporte des explications à ce sujet : "La genèse des Fantômas est assez amusante. Jean Marais avait déniché les OSS 117 de Jean Bruce et avait suggéré à Hunebelle de les adapter au cinéma. Ce que Hunebelle fit...mais avec Frederick Stafford. Marais était déçu et mécontent, c'est pourquoi, pour compenser, Hunebelle lui a proposé Fantômas, alors qu'il avait promis le rôle titre à Raymond Pellegrin. Du coup pour ne pas laisser tomber Raymond, Hunebelle lui a demandé d'être la voix masquée".
Chaque jour, il fallait deux heures à Jean Marais pour se grimer en Fantômas, avec les aides des maquilleurs Blanche Picot et René Daudin. Ici, il apparait également avec André Hunebelle avant le tournage d'une scène (photos Roger Corbeau, Gaumont International).
AAAAALe co-producteur du film Paul Cadéac se souvient de l'accueil réservé par les critiques lors de la sortie en salle du film : "Si vous reprenez la presse d'époque, on se faisait traîner dans la boue d'une manière incroyable, mais nous étions forts du succès auprès du public ce qui nous poussait à continuer". Michel Wyn, lucide, nous confie qu'il n'y avait que deux alternatives : "dd" Le mépris, l'ignorance - voire la méchanceté - de l'intelligencia ne troublaient pas pour autant André Hunebelle, qui aimait à dire qu'il réalisait ses films "avant tout de faire rire le public et de le divertir". Le journal L'Humanité l'a fort bien compris et admis en considérant le second volet "Fantomas se déchaîne", sorti en décembre 1965 comme "une réjouissante comédie, un film en fête, pour les fêtes." Bien que considéré par les snobs comme un film populaire et commercial, le premier "Fantômas" fut considéré comme un film de qualité soucieux et respectueux du public. Selon Jour de France (n° du 4 décembre 1965), le film attira à Paris 332 530 spectateurs en huit semaines. Au final, le film totalisa plus de 4,5 millions de spectateurs. Les rediffusions du film à la télévision sont nombreuses et connaissent toujours un bon succès. Par exemple, 3 millions de Français regardèrent le film lors de sa diffusion en juillet 2003. AAAAACertaines critiques n'ont pas pour autant été des plus tendres : Candide du 11 novembre 1964 évoque "Le "Fantômas" qu'incarne Jean Marais (sans grâce, ni puissance ) n'est pas l'héritier du personnage de Souvestre et Allain mais le fruit d'un accouplement contre nature entre Tintin et James Bond. Dans ce film qui fourmille de gags, d'épisodes, de rebondissements, de poursuites, d'assassinats, d'arrestations, d'évasions et de mots d'auteurs, on trouve tout sauf une idée originale ". Mais curieusement, la presse de l'époque s'intéresse moins à ce premier épisode en 1964 qu'à sa suite, "Fantomas se déchaîne". En décembre 1965, Le Canard enchaîné estime que ce deuxième épisode est aussi réussi que le premier et admet que "Hunebelle gagne encore la seconde manche car le public passe un bon moment de récréation". AAAAAEnfin, il est à noter que la presse prend conscience que le commissaire Juve endosse un rôle de plus en plus important au détriment de Fantomas. Ainsi, Robert Chazal (pro-funésien qui devait devenir quelques années plus tard son premier biographe) écrit pour France-Soir : "Parce que les moments comiques du commissaire Juve, excellement interprété par Louis de Funès, avaient été pour beaucoup dans la réussite de son premier Fantomas, André Hunebelle a fait la part plus belle encore au petit policier nerveux dans ces nouvelles aventures." Plus convaincants encore sont les critiques rédigées lorsque sort "Fantomas contre Scotland-Yard", en mars 1967, soit quatre mois après "La Grande vadrouille". Le verdict du Canard enchaîné est sans appel : "Tout spectateur qui, sur la foi du titre, s'attendrait à voir des inspecteurs anglais pourchasser Fantomas serait déçu. Par contre, s'il est venu pour voir de Funès faire son grand numéro de personnage irascible et grimaçant, il sera gâté. Fantomas cède peu à peu la place au commissaire Juve. Forcément, pusique de Funès est actuellement la vedette n°1 du cinéma français". Enfin, Robert Chazal avoue à demi-mot que le nom de Funès sur une affiche "suffit pour faire crouler les fauteuils". C'est ce que confrme d'ailleurs Gérard Oury, qui se trouvait dans un cinéma parisien lors de la sortie de "Fantomas contre Scotland-Yard". Le metteur en scène se rappelait d'und étail curieux : "".
L'action incarnée par Jean Marais se marie parfaitement avec la vis comica de Louis de Funès.
AAAAACinquante ans après la sortie du dernier film "Fantomas contre Scotland Yard", Comment expliquer un tel succès ? Mylène Demongeot estime que "le film se bonifie avec le temps , ce qui est curieux puisqu'à sa sortie, il n'était qu'un gentil film comique français voulant concurrencer les James Bond". En effet, lors des différentes interviews qu'il nous avait accordées, Dominique Zardi révélait l'intention de André Hunebelle à réaliser un James Bond. "Ah ! ça c'est le coup de génie de M. Hunebelle qui était un immense réalisateur et qui est rentré dans le cinéma un peu par hasard..... En fait surtout par amour pour quelqu'un ! Il a été la cible de tous les Cahiers du cinéma comme Godard ou Truffaut. On disait de lui qu'il était ridicule mais il n'empêche qu'à chaque fois qu'il réalisait un film il tapait juste ! Il est le créateur des premiers James Bond et des OSS 117. C'est d'ailleurs aussi lui qui a lancé Audiard et de Funès ! Lorsqu'il a décidé de faire "Fantômas", tout le monde rigolait et se moquait de lui en disant "Oh non pas Fantômas on a déjà eu Belphegor, ça ne sert à rien !". Là où le génie de M. Hunebelle a opéré, c'est qu'il a compris, pour que cela marche, qu'il ne fallait mettre l'accent ni sur Fantômas, ni sur Fandor mais sur le commissaire Juve. D'ailleurs Jean Marais s'en est un peu étonné et disait "Mais pourquoi il y a tant de plans de Louis ?" Pareil pour Mylène Demongeot qui s'énervait car il ne respectait pas le plan de travail ! Et il a eu raison, Louis a explosé ! Et aujourd'hui, c'est son plus grand succès avec les "Gendarmes" ! Il a relancé les films de cap et d'épée, le film humoristique, il a lancé des gens qui sont devenus des gens de première grandeur". AAAAAC'est en effet un film qui, selon Michel Wyn, a permis un certain type de production à la française, de qualité, et même si la direction d'acteurs ou la position des caméras d'Hunebelle n'étaient pas forcément géniales, il n'en était pas moins un formidable artisan. Kounen explique ce succès par l'interprétation géniale de Louis de Funès : "Si vous donnez une scène jouée par de Funès à un autre comédien, c'est ridicule, personne ne peut le jouer car c'est trop gros, trop extrême. Et lui arrive a le jouer, à mettre une justesse dans son jeu et c'est pour cela que la série à fonctionné." Marc Lemonier, dans son ouvrage "Sur la Piste de Fantômas" expose une analyse très pertinente : "La trilogie d'André Hunebelle apparaît aujourd'hui comme une sorte de chef d'œuvre d'un genre cinématographique dont elle est quasiment l'une des seules représentantes : le film d'action terrifiant et burlesque. L'essentiel tient sans doute aux talents d'André Hunebelle, talent de réalisateur mais aussi de producteur (…). Hunebelle a, pour ce film, fédéré autour de lui quelques uns des professionnels les plus talentueux (Delamare, Julienne, Wyn…)". AAAAAFantômas, longtemps décrié, restera dans la petite histoire du cinéma français pour ce qu'il a su offrir au public : des acteurs magnifiques, des cascades étourdissantes, des décors extravagants…De l'aventure "à la française" pleine de bonhommie.
Jean Marais et Mylène Demongeot phototgraphiés pour le magazine Jour de France (1965)
CREDITS / SOURCES - Interviews de M.M. Dominique Zardi (2007, 2008), Michel Duplaix (2007), Claude Carliez (2007), Jean-Pierre Desagnat (2016), Michel Wyn (2016) réalisés par les auteurs Franck et Jérôme. - Documentation (presse, photos, brochures publicitaires, affiches...) : propriété des auteurs Franck et Jérôme, sauf mentions contraires. - Fantômas, film de André Hunebelle (1964), réédition en DVD, production Gaumont, 2008 (film + documentaire sur la production du film). - Lemonier Marc, Sur la piste de Fantômas, Paris, Presse de la Cité, 2005, 127 p. - Salgues Yves, "Mylène Demongeot" in Jour de France, 4 décembre 1965, n°577, p.64-71. - Lerouge Stéphane, Sur les traces de Fantômas..., livret inclus dans l'album "Fantômas, bandes originales des films de André Hunebelle", Universal. - Dicale Bertrand, Louis de Funès, Grimace et gloire, Paris, Bernard Grasset, 2009. - Jelot-Blanc Jean-Jacques, Louis de Funès, l'Oscar du cinéma, Paris, Flammarion, collection Pop Culture, 2011. - Frodon Jean-Michel, L'Age moderne du cinéma français, Paris, Flammarion, 1995, 921 p. - Beylie Claude, Une Histoire du cinéma français, Paris, Larousse, 2000, 278 p.
Page créée le 3 juillet 2009, dernière modification le 19 janrier 2015. LES BANDES ANNONCES DE LA TRILOGIE Haut de page / Retour au sommaire des chroniques / Retour au sommaire principal |