Henri GUYBET

(première partie)

 

AAAAAA Henri Guyet fait partie de ces acteurs qui nous font rire avec un personnage aussi drôle qu'attachant. Ce fut le cas pour Tassin dans la célébrissime trilogie "La 7ème Compagnie", qui pense plus à manger qu'à se battre face à l'ennemi. Au cinéma, on retiendra aussi ses prestations dans des films de Georges Lautner comme "Quelques messieurs trop tranquilles", "Pas de problème !" ou "On aura tout vu !". Membre du Café de la Gare et grand homme de théâtre du boulevard, Henri Gybet a tenu le rôle principal dans "Le Pion" de Christian Gion en 1978.

AAAAAA Dans cette interview, l'acteur nous dévoile ses souvenirs concernant le rôle - voire la réplique - qui lança sa carrière. "Comment Salomon vous êtes juif ?" Il garde aujourd'hui un très bon souvenir des "Aventures de Rabbi Jacob". Nous remercions fort chaleureusement ce comédien très sympathique pour le temps qu'il nous a consacré.

 

 

Interview de M. Henri Guybet du 25 juin 2007 par Franck et Jérôme

 

 

- M. Guybet, pouvez vous nous décrire vos relations avec Louis de Funès ?

- Elles étaient très bonnes, il n'y a jamais eu de problèmes. Il était très sympa malgré la réputation fausse que certains ont pu lui faire ! Avec moi, il a été adorable, charmant, souvent blagueur. Nos rapports sont restés courtois, je le vouvoyais et c'était très bien, nous nous sommes merveilleusement bien entendu. La chose la plus remarquable dont je me suis aperçu était qu'il jouait avec ses partenaires. On sentait que c'était un homme du cabaret et du théâtre !

 

- C'est à cette époque que vous l'avez connu ?

- Oui, je l'avais simplement découvert comme spectateur auparavant (rires) ! Et je dois dire que j'ai été très agréablement surpris !

 

- Est-ce vrai qu'Oury, lorsqu'il vous a convoqué, vous a demandé tout d'abord si vous étiez juif ?

- Oui c'est exact, c'est la première chose qu'il m'a dit ! Je suis rentré dans son bureau et sa première question fût "Est-ce que vous êtes juif ?" et je lui ai répondu "Non mais ça peut s'arranger !" (rires) D'ailleurs pour ce rôle, je dois à un moment prononcer quelques mots en hébreux et j'ai travaillé avec un rabbin afin qu'il m'aide à les dire correctement !

 

- Quelle était l'ambiance sur le plateau ?

- C'était un film à très gros budget, une véritable machine et par conséquent, il y avait beaucoup de boulot ! L'ambiance était toutefois sympathique même si ce n'était pas la franche rigolade comme sur les films de Lautner mais tout était cordial ! De plus, je tournais avec des gens que j'admirais quand j'étais tout gamin comme Dalio ou Suzy Delair !

 

Dossier d epresse japonais du film (collection F&J)

 

 

- Comment était Louis de Funès avant une scène, tendu, décontracté ?

- Vous savez, au cinéma, il y a deux catégories d'acteurs : ceux qui sont contents lorsque l'on dit "Moteur" et ceux qui sont ravis quand on leur dit "coupez". De Funès appartenait à la première catégorie, il aimait jouer. Pour ce genre d'acteurs, une fois sur scène, le trac qu'ils ont eu auparavant se transforme en un vrai plaisir ! Par contre je me rappelle que Oury nous faisait faire 10 à 15 prises ! Vous savez, il était malin Oury, il avait compris que Louis, malgré le fait qu'il était déjà excellent dès la première prise, pouvait encore s'améliorer au fur et à mesure jusqu'à faire du sur-de Funès ! Etre comédien, c'est la faculté à être un personnage. De Funès était comme les grands acteurs tels que Mondy, il partait tout de suite !

 

- Louis était-il accessible entre les prises ?

- Ah, là vous posez une question très intéressante, Louis avait un problème avec ça. Il était très discret et les gens s'attendaient à une grimace lorsqu'ils le rencontraient alors forcemment ça le dérangeait ! Dans la vie, il s'occupait de ses fleurs, de son jardin, il ne pouvait pas toujours être le même qu'à l'écran, il menait une vie privée paisible !

 

- Et concernant la scène mythique de la voiture ; "Comment Salomon vous êtes juif ?" quels souvenirs ?

- Cette scène, Oury me l'avait faite auditionner dans son bureau. Je me souviens que, lors des répétitions, juste avant de la tourner, nous l'avions un peu peu modifiée, il y a eu quelques improvisations. Nous l'avons tournée rapidement, il n' y a pas eu beaucoup de prises !

 

- Il y a donc eu beaucoup d'improvisations tout au long du tournage ?

- Non, pas avec Oury. Il n'y avait que quelques petites improvisations mais c'était surtout en répétitions, après dès que la prise commençait, on jouait le texte à la virgule près ! Tout avait été calé d'avance en fait. Oury avait un grand sens de la précision.

 

- Il y avait donc une grande complicité entre Oury et de Funès...

- Oh oui, ils se connaissaient très bien, ils avaient joué ensemble par le passé car Oury a été acteur. Il est ensuite passé réalisateur et il a parfois employé de Funès pour de petits rôles. A cette époque, Oury faisait surtout des films dramatiques et c'est de Funès qui lui a suggéré de passer au comique ! Il y avait une vieille camaraderie entre eux. Mais vous savez, sur ce film j'avais un rôle formidable et j'étais surtout très attentif a mon personnage pour faire le meilleur boulot.

 

- Dans quel état d'esprit se place t-on pour donner la réplique à de Funès ?

- Je savais ce que certains disaient de lui, qu'il était chiant, emmerdeur, qu'il allait me mettre à dos et qu'il couperait tout au montage. Du coup, je me suis dit : "si on lui fait toutes ces critiques, c'est qu'il possède beaucoup de qualités" (rires) ! Alors j'ai pensé "on verra bien". Ma première rencontre avec lui à été très simple, il m'a dit "Bonjour, enchanté", on s'est croisé au maquillage puis après nous avons directement attaqué nos répliques. Sur le plateau, il s'est passé quelque chose d'extraordinaire : Lorsque l'on donne la réplique à une personne que l'on ne connaît pas, on sait, dès la première phrase, si ça va marcher entre nous ou pas. Avec Louis, j'ai tout de suite vu que tout fonctionnait bien, donc notre amitié, si l'on peut parler d'amitié, s'est surtout développée au niveau du jeu. Nous avions plaisir à nous donner la réplique.

 

- Et Louis était à l'aise avec les autres comédiens de la distribution ?

- Oh oui, l'ambiance était vraiment bonne. Je me rappelle de Dalio, qui était formidable, il faisait partie de ses acteurs qui avaient eu de très bons rôles avant la guerre notamment avec Renoir et qui avait par la suite fuit aux Etats-Unis en raison de ses origines juives. Il a fait une bonne carrière là bas, avec beaucoup de figuration et m'a dit qu'il jouait la plupart du temps des rôles de curés mexicains (rires) ! Claude Giraud était très bon aussi et à mon avis, le cinéma français ne l'a pas assez employé ! C'est exactement le genre d'acteur que j'aurais aimé être (rires), un peu comme Marielle ! J'ai une très grande estime pour Giraud, nous avons toujours eu des rapports très cordiaux. Suzy Delair était un petit peu râleuse, mais moi je l'aimais bien, elle me faisait rire !

 

- Et concernant la fameuse scène de la danse hassidique ?

- Louis l'a répété pendant trois semaines en studio. Il était un très grand perfectionniste et de plus c'était un excellent musicien, cela l'a vraiment aidé ! Il était vraiment bosseur. Ils ont tourné cette scène pendant 2 jours, il y a eu beaucoup de prises car elle était très complexe !

 

 

 

- Quel souvenir gardez vous de Louis ?

- J'en garde un souvenir fort, puissant. En fait je me dis qu'il est inutile de pleurer ce qui est passé et qui reste tellement formidable pour le lendemain !

 

- Nous allons bien évidemment évoquer le tournage de la trilogie de "La Septième Compagnie", quel souvenir gardez vous de tout ça ?

- Oh, c'était un tout autre univers. J'adorais Robert Lamoureux, c'est en partie lui qui m'a donné envie de faire le métier que je fais ! A l'époque, je tournais pas mal pour la Gaumont et un jour on m'a annoncé : "tu vas jouer dans "La Septième Compagnie" pour remplacer Aldo Maccione". Je me suis dit "Reprendre le rôle d'un acteur, ça va être un flop" et finalement ça a été un véritable succès ! On a un véritable trio qui s'est formé, une vraie bande de briscards, c'était merveilleux, j'étais entouré de gens qui avaient du talent et on faisait des trucs que les enfants rêvent de faire comme conduire une locomotive ou tirer à la mitraillette. Il y avait toujours ce sens de la comédie franchouillarde mais moi ça me plaisaît, je me sentais bien ! Aujourd'hui d'ailleurs, après ces grands succès, les gens m'appellent Salomon ou Tassin dans la rue, c'est touchant (rires)! Mon dentiste m'a d'ailleurs fait le coup récemment en me disant "Vous êtes juif ?" (rires) ! D'ailleurs la trilogie a bien marché en Allemagne, ça leur faisait plaisir de voir des soldats français en anti-héros et voir la victoire de l'Allemagne (rires) ! Lamoureux était très précis, il gueulait car Lefèbvre arrivait toujous en retard et ne savait pas son texte. Il était très méticuleux et exigeant, avec une écriture formidable ! Il y avait, comme sur le tournage de "Rabbi Jacob" une humeur formidable, qui donnait envie de jouer et de se faire plaisir ! C'est d'ailleurs différent du théâtre ou l'on voit d'emblée les réactions du public. Au cinéma, on ne peut pas tout de suite savoir, on n'est pas maître de son jeu, il y a des choses qui seront coupées ou pas, on ne sait jamais ce que le résultat final donnera !

 

Seconde partie

Page créée le 3 novembre 2007, modifiée le 7 mai 2016

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