René GOLIARD

 

AuAAII Réalisateur et comédien à l'occasion, René Golliard est un célèbre chorégraphe, engagé sur la comédie musicale de Serge Korber "L'Homme Orchestre" (1970). S'il n'a travaillé qu'une fois avec Louis de Funès, il nous livre toutefois ici un formidable témoignage nous prouvant le sérieux, le professionnalisme et la discrètion du comédien. Avec ses danseuses, il a composé de nombreux ballets. Il fut le chorégraphe de différents films tels "Lady Oscar" ou "Fantasia chez les ploucs", ainsi que sur les planches pour plusieurs mises en scène de Jean-Louis Thamin ("Les Serments indiscrets de Marivaux", "Don Pasquale", "L'Étourdi de Molière") et de Roger Planchon ("Par-dessus bord", "La Langue au chat"). Un grand merci à cet homme charmant qui nous fit gentillement part ses souvenirs.

 

Interview de M. René Goliard du 22 juillet 2007 par Franck et Jérôme

 

- M. Goliard, pouvez vous nous dire quand et à quelle époque avez-vous rencontré Louis de Funès ?

- Ce fût à l'occasion du film en 1970, je l'ai rencontré par l'intermédiaire de Serge Korber avec qui j'avais déjà beaucoup travaillé, notamment dans des cours-métrages et dans un long-métrage. Lorsqu'il m'a demandé si je souhaitais collaborer à "L'Homme Orchestre", dont la vedette était Louis de Funès, je lui ai dit "avec grand plaisir".

 

- Quelles furent vos relations avec lui ?

- C'est en fait assez amusant, j'ai été engagé par la Gaumont et lorsque j'ai dit qu'il fallait que je fasse des répétitions avec Louis de Funès pour les ballets, la société m'a dit "Ne comptez pas sur lui, il ne voudra certainement pas faire cela". Je leur ai répondu qu'il fallait qu'il danse, que sa chorégraphie était prête et ils ont continué en me disant que ça ne relevait pas de leur compétence et que je devais voir ça directement avec Louis de Funès. J'ai donc commencé à travailler seul avec mes danseuses et au bout d'un moment je suis allé voir Korber en lui disant "Maintenant il me faut de Funès, j'en ai besoin !". Etant donné que la Gaumont ne s'en chargerait pas, c'est Serge qui me l'a présenté et comme Louis travaillait l'après-midi sur les plateaux, je suis allé le voir et lui ai dit que les répétitions commenceraient mardi à neuf heures. Il m'a répondu "Oui, d'accord". Effectivement, à neuf heures moins le quart le mardi matin, Louis était sur le plateau en survêtement avec une serviette autour du cou. Il m'a dit bonjour et nous avons commencé à travailler sa chorégraphie. J'ai eu de suite l'occasion de remarquer qu'il était hyper-professionnel et qu'il était formidable lorsqu'il avait en face de lui quelqu'un de professionnel et de compétent. Son caractère épouvantable n'est pas une légende, il ne se développait que lorsqu'il avait en face de lui une personne dont il n'avait pas confiance mais sinon il était formidable. J'ai travaillé cinq mois à ses côtés et lorsque nous avons dû répéter avec toute la troupe il a été pris de panique, il avait un trac incroyable mais finalement, le jour J, il est arrivé, a serré la main à toutes les danseuses et il ne s'est pas trompé une seule fois. Il a été exemplaire si bien que toutes les filles l'ont applaudi. Il était même tellement bien qu'il restait toujours avec les filles et qu'il avait en quelque sorte pris ma place ! Louis était un homme chaleureux mais pas quelqu'un avec qui on allait déjeuner. Dans le civil, il n'était pas drôle, il me parlait de son jardin, de son toit qu'il devait refaire et c'est uniquement lorsqu'il était devant une caméra qu'il devenait fou ! C'est dommage qu'on ne lui ait jamais donné un grand rôle dramatique. Il était tout comme Raimu, un vrai génie.

 

- Comment s'est déroulé votre travail avec Louis de Funès ?

- Nous avons fait de longues répétitions ensemble, plus d'un mois et cela au grand désespoir de Gaumont (rires) ! Les gens de la société pensaient qu'il ne fallait pas uniquement se concentrer sur les scènes de danse car ce n'était pas non plus le but premier du film. Le seul problème pour eux, c'est que Louis souhaitait toujours refaire les différentes chorégraphies.

 

- Toutes les danseuse étaient des professionnelles ?

- Oui toutes. Il y avait Noëlle Adam. J'avais déjà travaillé avec elle dans un ballet qui s'appelait "Rendez -vous manqué", dans lequel elle était une véritable star et elle a d'ailleurs fait le tour du monde. Pour "L'Homme Orchestre", il fallait une femme belle et crédible, j'ai pensé à elle et je l'ai donc engagée.

 

- Pouvez vous nous décrire l'ambiance du plateau ?

- C'était très agréable. Louis de Funès était charmant et les filles aimables et disciplinées. J'avais avec moi un assistant américain, Chris Grégolaris ,qui a d'ailleurs un petit rôle dans le film et qui était très sympa. Je n'ai que de bons souvenirs de ce tournage.

 

- Et concernant la relation entre Serge Korber et Louis de Funès ?

- Il y a eu une relation qui fût très chaleureuse. Vous savez Louis ce n'était pas un acteur qu'on dirigeait, on lui donnait simplement les indications, les situations mais il avait son mot à dire. Korber avait saisi son caractère et c'est pour cela qu'ils s'entendaient bien. Il avait compris la façon de faire avec Louis en fait, à savoir ne pas le brusquer mais en lui expliquant le cadrage et les situations donc. Et lorsque Louis était dans le champ de la caméra, c'était du délire à tel point que parfois il fallait le calmer. Il s'en donnait à cœur joie, il avait une folie extraordinaire. Il avait aussi de très bons rapports avec Préboist.

 

 

- Etait-il à l'aise avec une troupe de comédiens majoritairement plus jeunes que lui ?

- Oh oui, très à l'aise. Vous savez, les filles étaient toutes pro et Louis appréciait beaucoup cela. J'avais déjà travaillé avec elles pour des émissions de télé, elles étaient ravissantes. Louis avait pris son rôle très au sérieux. En fait, tous ensemble, ils formaient une véritable équipe.

 

- Comment s'est déroulé votre travail avec François de Roubaix pour coordonner la musique avec la chorégraphie ?

- Nous avons travaillé ensemble tout au long de la réalisation du film. Nous somme partis avec De Roubaix et Korber dans une maison en Bretagne je crois et, ensemble, on a décidé de tout, notamment du scénario. Je connaissais déjà de Roubaix avant car j'avais travaillé avec lui sur un court-métrage. C'était une personne très gentille, facile, adorable et il a d'ailleurs épousé une des danseuses qu'il a rencontré sur le plateau du film. A la base, nous travaillions sur maquette.

 

- Quelles furent les critiques à la sortie du film ?

- Elles ne furent pas très bonnes, mais je l'ai revu il n'y a pas longtemps et il fait pas mal de bruit en ce moment puisqu'il peut être considéré comme la première comédie musicale française au cinéma. Il y a un véritable côté esthétique des ballets avec en avant une vedette comme de Funès. Je pensais que le film vieillirait mal mais en fait il tient le coup aujourd'hui, il reste crédible. C'est un film agréable mais ce n'est pas non plus du grand de Funès. Il y a aussi des moments de tendresse, Louis y tenait.

 

- Comment s'est déroulée la collaboration entre Louis et son fils Olivier ?

- Olivier était charmant, même s'il n'avait pas une grande envie d'être acteur.

 

- Pouvez vous nous décrire l'état d'esprit de Louis de Funès avant une scène ?

- Il était très concentré. Il se mettait en état et dès que c'était parti, il se lâchait. Il avait un comportement un peu surprenant, je m'attendais à une attitude de vedette, à se mettre dans un coin et rester seul mais il restait avec nous, il était parfaitement normal, souriant et détendu. C'était surtout très intéressant de voir à quel point il démarrait.

 

- Louis était-il quelqu'un d'accessible entre les prises ?

- J'avais peu de rapports avec lui à ce moment là mais l'avantage de Louis c'est qu'il n’avait pas un caractère de vedette, il ne m'impressionnait pas. Il y a eu une distance nécessaire qui s'est crée entre nous pour bien travailler, j'ai toujours travaillé comme ça.

 

- Etait-ce difficile pour vous, lors de votre première rencontre d'aborder Louis de Funès ?

- Non, on l'aborde le plus facilement du monde, je lui ai dit "On travaille mardi" et il m'a dit "Oui, d'accord". Ce fût en fait très agréable car j'avais déjà des échos de lui comme une personne détestable, il n'avait pas bonne réputation et je me suis dit qu'il allait immédiatement refuser mais ce ne fût jamais le cas. Lorsque nous arrêtions de travailler, je lui demandais toujours si ça allait, je le mettais en confiance, en fait c'était ni plus ni moins que de la psychologie. Dès qu'on sait s'y prendre, on obtient ce qu'on veut. Louis ne supportait simplement pas la médiocrité et Korber me l'avait dit "Il peut être insupportable mais uniquement avec les gens qui ne sont pas professionnels, ceux qui ont la grosse tête !" Louis détestait les personnes ayant un côté paillette et il était aux anges lorsqu'il avait en face de lui une personne simple comme lui, soucieuse de son travail. Personnellement, je n'ai jamais eu de heurts avec lui, nous avons eu des rapports exceptionnels.

 

- Avez-vous eu par la suite des projets avec lui ?

- Non, pas avec lui. On s'est quitté gentiment. Louis n'était pas une personne qui manifestait trop de sentiments, il était très réservé. Il en avait vu d'autres, il avait commencé sa carrière très tôt par de petits rôles et il est devenu star bien plus tard , il connaissait donc parfaitement le métier et la moralité qui l'entourait.

 

- Quels souvenir gardez vous de lui ?

- Je retiens de lui l'image d'un homme charmant mais distant, compétent et très professionnel.

 

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